💔 Lettre ouverte à mes blessures
- Jessica JULIOT
- 22 nov. 2025
- 3 min de lecture

Il m’a fallu beaucoup de temps pour
comprendre que je portais en moi des douleurs qui n'étaient pas entièrement les miennes, des mémoires émotionnelles héritées bien avant ma propre naissance. La blessure d’abandon et celle d’injustice ont longtemps guidé mes pas, comme deux silhouettes silencieuses veillant sur chaque relation, chaque choix, chaque réaction.
Elles ne sortent jamais de nulle part. Elles se transmettent, comme une vibration ancestrale, un poids qui change de mains sans que personne ne le décide vraiment.
Mon père, lui, n’a pas disparu par choix pendant des années. Nous avons vécu lui et moi, un évènement brutal, vertigineux, qui a bouleversé nos vies de manière immédiate et irréversible. Les années qui ont suivi ont été marquées par une longue succession de blessures, de soins, de réparations… mais sans que j’entre dans les détails, je peux dire que cela a duré presque toute une décennie.
À 11 ans, cet évènement m’a arraché quelque chose que je croyais inébranlable : l’image d’un père fort, protecteur, capable de tenir le monde pour deux. Du jour au lendemain, cette figure s’est effondrée, laissant derrière elle un vide immense, une colère que je ne savais pas nommer, et un sentiment d’injustice que je portais comme une armure.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il m’avait abandonnée, qu’il s’était éloigné de moi par manque d’amour ou d’intérêt.
Mais la vérité était plus complexe, plus humaine, plus fragile. Ce n’était pas de l’indifférence. C’était de la honte. Du remord. La culpabilité silencieuse d’un homme qui se reprochait de m’avoir, malgré lui, volé une partie de mon adolescence — ces années cruciales entre 11 et 18 ans où l’on se construit, où l’on cherche des repères, où un père est censé tenir la main au lieu de la lâcher. Ce n’est qu’avec le temps que j’ai pu le pardonner, comprendre son silence, ses absences, son recul.
Je sais aujourd’hui que son éloignement n’était qu’une façon maladroite de survivre à ce qu’il n’arrivait pas à affronter.
Avec ma mère, l’histoire a été différente. Elle était là, mais pas de la manière dont j’aurais eu besoin. Son rôle oscillait entre autorité, contrôle, confidences déplacées, amitié forcée, parfois même inversion des rôles. Dans certains moments importants, elle n’a pas su me protéger. Dans d’autres, elle m’a masqué la vérité ou m’a chargée d’émotions qui n’auraient jamais dû peser sur les épaules d’une enfant. J’ai longtemps porté cela comme une accusation contre moi, comme si je n’étais pas assez pour être aimée de façon juste.
Et comme beaucoup d’enfants blessés, j’ai rejoué les mêmes schémas une fois adulte. J’ai aimé à travers mes manques, espéré à travers mes blessures, perdu pied dans des liens dépendants, toxiques ou destructeurs — en amitié, en amour, parfois même dans ma propre famille. Je répétais sans comprendre. Et les schémas, eux, revenaient, d’abord en murmure, puis en signes évidents, jusqu’à devenir des secousses violentes qu’on ne peut plus ignorer.
Un jour pourtant, j’ai compris. Pas par douceur, mais par nécessité.
Une vérité s’est ouverte en moi avec la force d’une brèche :
je n’avais jamais appris à me choisir.
J’attendais qu’on me prouve ma valeur, alors qu’elle m’appartenait depuis toujours. Cette prise de conscience a été le début de ma renaissance — une vraie, profonde, puissante.
Aujourd’hui, je prends enfin ma place.
Celle que je mérite.
Celle qui n’a jamais dépendu de personne.
Je ne m’accroche plus à des relations qui me dévorent, qu’elles soient amicales, amoureuses ou familiales.
Je sens plus vite, je comprends plus tôt, et je n’ai plus peur de dire “non”.
Et envers ma mère…J’apprends à pardonner.
Pas pour effacer, mais pour m’alléger.
Je lui pardonne de ne pas avoir su me protéger quand j’en avais le plus besoin, de m’avoir caché des vérités qui ont fissuré mon identité, d’avoir pris la place d’une amie quand j’avais besoin d’une mère solide.
Je lui pardonne parce que je ne veux plus porter ces poids-là dans mes pas. Parce que je veux avancer libre, entière, alignée.
Ce pardon n’est pas un oubli.
Ce pardon n’est pas une excuse.
C’est une décision.
Une coupure avec ce qui m’a blessée.
Un choix de vie.
Et si tu lis ces mots, peut-être que quelque chose en toi résonne.
Peut-être que toi aussi, tu portes des blessures qui ne sont pas les tiennes. Peut-être que tu répètes encore des schémas qui te montrent, malgré eux, ce que tu dois voir.
Sache que tu peux renaître. Sache que tout commence le jour où l’on met enfin des mots sur nos maux.
Aujourd’hui, je me choisis.
Et c’est peut-être la plus belle renaissance de ma vie.



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